Vérifier le numéro IMEI d'un téléphone d'occasion

Le numéro IMEI identifie un téléphone mobile de façon unique, indépendamment de sa carte SIM. Le lire prend cinq secondes en composant astérisque dièse zéro six dièse. Le vérifier vraiment demande davantage : recouper trois supports, contrôler la cohérence des quinze chiffres et accepter qu’aucun service ne dira si l’appareil est bloqué.
Ce que les quinze chiffres encodent
L’IMEI, pour International Mobile Equipment Identity, est inscrit dans le modem de l’appareil, pas dans la carte SIM. Changer d’opérateur, de forfait ou de pays ne le modifie pas. Cette stabilité en fait la référence des forces de l’ordre et des opérateurs dès qu’un mobile disparaît.
Sa composition suit une norme gérée par la GSMA, l’association mondiale des opérateurs mobiles. Les huit premiers chiffres forment le TAC, le Type Allocation Code, attribué par la GSMA au fabricant pour un modèle donné. Les six suivants constituent le numéro de série propre à l’exemplaire produit. Le quinzième est une clé de contrôle calculée à partir des quatorze autres selon la formule de Luhn, celle-là même qui valide les numéros de carte bancaire.
Trois confusions reviennent en permanence dans les annonces d’occasion.
- L’IMEI n’est pas le numéro de série. Le second appartient au constructeur et sert au suivi de garantie, le premier sert au réseau.
- Un appareil double SIM porte deux IMEI, un par emplacement radio. Les voir s’afficher tous les deux n’a rien d’anormal.
- Une eSIM ajoute un identifiant supplémentaire, l’EID, qui désigne la puce embarquée et non l’appareil. Il ne remplace jamais l’IMEI.
Ces distinctions comptent au moment de comparer une annonce à une facture. Deux numéros différents ne signalent pas forcément une fraude : ils peuvent désigner deux objets différents.
Où lire l’IMEI : cinq sources à recouper

Sur l’appareil allumé
La méthode universelle consiste à composer la séquence astérisque dièse zéro six dièse sur le clavier téléphonique. Le numéro s’affiche immédiatement, sans appel émis, sur tous les mobiles compatibles. Un appareil double SIM en affiche deux, numérotés IMEI 1 et IMEI 2.
Les réglages du système donnent la même information avec davantage de contexte. Sur iOS, la page Réglages, Général, Informations. Sur Android, la page Paramètres, À propos du téléphone, puis État ou Informations sur l’IMEI selon la surcouche du constructeur. Le numéro de série y figure également, et l’EID sur les modèles récents.
Sur le matériel et les documents
Quatre autres emplacements existent, et ce sont eux qui donnent sa valeur au contrôle :
- le tiroir de carte SIM, où l’IMEI est gravé en microcaractères sur beaucoup d’iPhone ;
- l’arrière de la coque ou le compartiment batterie sur les modèles plus anciens ;
- l’étiquette de l’emballage d’origine, généralement sous le code-barres ;
- la facture d’achat ou le contrat de service, quand l’appareil a été vendu par un opérateur.
La FAQ officielle sur le blocage des téléphones portables, diffusée par les services de l’État, cite exactement ces supports et y ajoute une dernière voie : la demande auprès de l’opérateur qui a commercialisé la ligne.
Relever son propre IMEI avant tout incident reste la précaution la plus rentable. Un numéro noté dans un carnet ou rangé dans un gestionnaire de mots de passe vaut mieux qu’un numéro à retrouver sur un appareil déjà parti.
Contrôler la cohérence avant de payer

Recalculer la clé de contrôle
La clé de Luhn se recalcule à la main en une minute. Doublez un chiffre sur deux à partir du deuxième en partant de la gauche, soit sept chiffres au total. Remplacez chaque résultat supérieur à neuf par la somme de ses deux chiffres. Additionnez l’ensemble avec les chiffres non doublés, puis complétez à la dizaine supérieure. Le complément obtenu doit être égal au quinzième chiffre.
Une suite de quinze chiffres qui échoue à ce test n’a jamais été attribuée. Le cas se rencontre surtout sur des annonces où le vendeur a recopié un numéro approximatif, parfois sur des appareils dont l’identifiant a été altéré.
Comparer le TAC au modèle annoncé
Les huit premiers chiffres désignent un modèle précis. La GSMA réserve sa base officielle à ses membres et aux organisations autorisées, base qui recense plusieurs centaines de milliers de TAC attribués et se met à jour quotidiennement. Des outils de consultation gratuits en reprennent une partie et suffisent au besoin d’un acheteur.
L’intérêt du contrôle est direct : un TAC qui renvoie vers un modèle différent de celui annoncé trahit une carte mère remplacée, un châssis rhabillé ou une annonce mensongère. Le piège se referme surtout sur les générations anciennes, dont la cote résiduelle attire les assemblages douteux, comme le montre le marché de l’iPhone X reconditionné en 2026.
Recouper les trois supports
Le contrôle décisif reste le plus simple. Comparez le numéro affiché à l’écran, celui gravé sur le tiroir SIM et celui imprimé sur la boîte ou la facture. Trois numéros strictement identiques valident la cohérence du châssis. Un écart entre deux d’entre eux ouvre une question à poser au vendeur, et sa réponse vaut souvent plus que le chiffre lui-même : une réparation documentée s’explique en une phrase.
Ce que le blocage recouvre en France
Le dispositif français repose sur la loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieure, entrée en vigueur le 16 mars 2011. Son article 42 impose aux services de police et de gendarmerie de transmettre l’IMEI d’un mobile volé à l’opérateur dès l’enregistrement de la plainte. L’opérateur dispose ensuite d’un délai légal de quatre jours ouvrés pour inscrire le numéro dans la base commune, après quoi le blocage devient effectif.
Cette base a été créée par les opérateurs mobiles et se trouve alimentée une fois par jour. Elle centralise au niveau international les identifiants déclarés volés, avec la participation de cinquante-trois opérateurs répartis sur plusieurs dizaines de pays d’après la documentation officielle du dispositif. Les opérateurs de réseau mobile virtuel y figurent aussi : ils valident les IMEI qui leur sont déclarés et les transmettent à leur opérateur hôte, qui alimente la base pour leur compte.
Le contrôle s’exerce à chaque demande de connexion au réseau. Numéro absent de la base, la connexion s’établit normalement. Numéro inscrit, la connexion est refusée et aucune communication entrante ou sortante ne peut aboutir, voix, SMS, MMS et données mobiles comprises. L’appareil conserve ses usages hors réseau cellulaire, mais cesse d’être un téléphone.
Deux limites méritent d’être connues avant d’acheter. Le blocage ne vaut que sur le territoire de l’opérateur auquel le procès-verbal a été transmis, si bien qu’un mobile bloqué en France reste exploitable dans un pays qui n’a pas reçu la déclaration. La modification de l’identifiant, techniquement très difficile, existe malgré tout à la marge et reste le fait de profils bien outillés.
Pourquoi aucun service ne dira si un IMEI est bloqué

Voilà le point que la plupart des guides escamotent. La base commune des mobiles déclarés volés n’est pas ouverte à la consultation des particuliers. La documentation officielle du dispositif l’écrit noir sur blanc, conformément aux déclarations faites à la CNIL, laquelle avait été consultée et avait confirmé la conformité du fichier aux règles de protection des données. Aucun acheteur ne dispose donc d’un moyen légal d’interroger cette base avant une transaction.
Les services en ligne qui promettent une vérification de blocage travaillent sur tout autre chose :
- une validation de la clé de Luhn, qui dit seulement que le numéro est bien formé ;
- une consultation de TAC, qui identifie la marque et le modèle ;
- un accès aux serveurs de garantie du constructeur, qui renvoie une date d’activation ou un statut de couverture ;
- des bases de signalement communautaires, alimentées par des déclarations invérifiables.
Aucun de ces outils n’interroge le fichier français. Un résultat rassurant ne prouve rien et un résultat alarmant peut n’être qu’une erreur de saisie. Autre point de vigilance : publier son IMEI dans une annonce ouverte expose à des déclarations de vol malveillantes et à des tentatives d’hameçonnage. Transmettez-le en message privé, à un acheteur sérieux, au moment de conclure.
Les contrôles qui remplacent la vérification impossible

Puisque la base reste fermée, la protection se déplace vers la qualité du canal d’achat et vers ce qui se teste sur place. Un professionnel du reconditionné apporte une garantie qu’aucune vérification d’IMEI ne remplace : le décret du 17 février 2022 encadrant l’emploi commercial du terme impose des tests portant sur l’ensemble des fonctionnalités, les interventions nécessaires au rétablissement du bon fonctionnement, et l’effacement de toutes les données liées à un usage antérieur avant le changement de propriétaire. Ce socle réglementaire ne dit rien de l’état cosmétique, sujet traité dans notre décryptage des grades A, B et C du reconditionné.
Face à un vendeur particulier, cinq gestes réduisent le risque à presque rien :
- insérer une carte SIM active et passer un appel réel, la seule preuve directe qu’aucun blocage réseau ne frappe l’appareil ;
- vérifier la connexion en données mobiles dans la foulée, le blocage portant aussi sur ce canal ;
- redémarrer l’appareil devant le vendeur pour vérifier qu’il dépasse l’assistant de configuration, un contrôle détaillé dans notre guide sur la vérification du verrouillage iCloud ;
- exiger la facture d’origine ou un document nominatif mentionnant l’IMEI ;
- payer traçable, par virement ou plateforme sécurisée, pour conserver une preuve exploitable.
Un test d’appel réussi vaut mille vérifications en ligne. Le mobile qui accroche le réseau, émet et reçoit, n’est pas inscrit dans la base au moment de l’essai. Reste le risque d’une plainte déposée après la vente, que seule la traçabilité du paiement et de l’identité du vendeur permet d’affronter sereinement.
Le reste du contrôle porte sur la valeur d’usage plutôt que sur la légalité : durée de suivi logiciel restante, santé de la batterie, disponibilité des pièces. Ces critères décident de la longévité réelle de l’appareil, et notre sélection des smartphones reconditionnés qui tiennent dans le temps détaille la méthode.
Si l’appareil se bloque après l’achat
Un téléphone qui perd le réseau du jour au lendemain, sans changement de SIM ni de forfait, entre dans le scénario le plus redouté. Le premier réflexe consiste à écarter les causes banales : forfait suspendu, carte SIM défectueuse, panne d’antenne. Un test avec une seconde carte SIM active tranche la question en deux minutes.
Blocage confirmé, trois voies s’ouvrent selon le canal d’achat. Auprès d’un professionnel, la garantie légale de conformité couvre un appareil livré inutilisable et ouvre droit à réparation, remplacement ou remboursement. Sur une place de marché, la procédure de litige interne aboutit fréquemment, à condition d’avoir conservé l’annonce, les échanges et les preuves de paiement. Entre particuliers, la vente peut être attaquée pour vice caché, même quand le vendeur affirme avoir ignoré le blocage.
Le dépôt de plainte s’impose dès que l’appareil semble provenir d’un vol. La documentation officielle invite explicitement à signaler la situation aux forces de sécurité, ce qui protège l’acheteur de bonne foi et documente sa démarche.
Une tentation reste à écarter : les offres de déblocage d’IMEI. Modifier l’identifiant d’un terminal relève de la falsification, pas de la réparation, et les prestataires qui le proposent encaissent souvent sans rien livrer. Le seul déblocage légitime vient de l’opérateur, à la demande du propriétaire légitime qui a retrouvé son appareil.
Prochaine étape avant le prochain achat : notez l’IMEI du téléphone actuel dès aujourd’hui, avant d’en avoir besoin, et gardez la facture avec. La bascule vers un nouvel appareil se prépare de la même façon, comme le rappelle notre guide sur le transfert des données vers un nouveau téléphone.